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« Très précisément »

à la Salle Blanche de la Librairie Kléber

octobre – novembre 2017

 

Trait précisément

Alain Eschenlauer, à travers ces 25 illustrations, nous renvoie au tréfond de notre mémoire, reptilienne ou raisonnée, siège de ces symboles issus du fond des âges et qui sont à l’évidence ancrés en nous. En effet, qu’il s’agisse de vanités humaines ou animales, d’un bestiaire d’animaux plus ou moins inquiétants dans leur rigueur anatomique ou d’objets parfaitement décryptés, ces images nous paraissent bizarrement familières. Elles résonnent dans nos boîtes crâniennes comme ce battant de cloche mis en coupe.

Si ces planches sont au format Jésus (56 cm x 76 cm), ce choix est-il vraiment fortuit ? Car la Création est à l’évidence à l’honneur dans cette exposition, même si l’artiste se plaît à en détourner la réalité. Ainsi l’abeille poilue, transfigurée par sa taille et le détail de sa réalisation, semble quasiment hyperréaliste et le rendu du crabe, aux pinces à l’évidence d’or, relève presque du fantastique. Changement d’échelle en sens inverse avec cette nef dans laquelle pénètre le regard à tous les étages. Mais ces différences de format ne sont pas perceptibles : nous suivons de planche en planche le labyrinthe de nos rêves, où seule nous guide l’excellence de ces dessins à l’encre de Chine.

Cette divertissante promenade dans nos fantasmes n’exclut pas que notre guide nous parle d’humour. Ainsi ce coq, gaulois à souhait, dont l’improbable crête ornerait sans problème de nos jours une belle tête d’artiste mondain. Il en est de même de ce poisson, qui, tout en nous faisant la gueule, arbore une coiffure élégamment brossée en arrière ou de ce mollusque, qui apparaît tellement sûr de lui.

Plaisons-nous à admirer à 25 reprises la plume si exacte de notre artiste. Et laissons également notre regard courir d’une planche à l’autre en y repérant les rehausses de couleur et les fins filets que certaines contiennent, ainsi que ces ronds et ces pastilles si caractéristiques de sa manière qu’Alain Eschenlauer nous livre, comme toujours, très précisément.

     Jacques Stoll

 

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