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Une scrupuleuse étude graphique

d’Alain Eschenlauer

 

En botanique, une Capsule est une sorte de fruit sec déhiscent, c’est-à-dire qu’à maturité, il s’ouvre par des fentes, des pores, ou des clapets pour laisser échapper sa semence. Nos Géraniums par exemple, en mode explosif, éparpillent dans le ciel leurs petites graines fécondatrices. Et il en est d’ailleurs de même des Pensées, mais cela n’étonnera personne… Ces Kapselfrucht sèment à tous vents. S’aiment à tous vents dirons-nous plutôt, puisqu’ils fertilisent ainsi opportunément leurs camarades proches. Car ces fruits secs sont du genre autogéré : ils font tout tout seuls, et se plaisent même à revêtir des apparences trompeuses à travers de parfaits déguisements, vulvaires autant que phalliques. Allez comprendre ! Et qu’en est-il alors des Nœuds, dont on pourrait argotiquement penser qu’ils contribuent par essence à la reproduction ? Nœuds d’arrêt, nœuds de boucle, nœuds d’écoute. Ces derniers, qui semblent plus ouverts, seraient-ils disposés à répondre à nos interrogations ? La réponse est clairement exprimée par l’artiste : c’est non !

D’une plume experte mais fort indiscrète, Alain Eschenlauer nous décrit ces turpitudes capsulaires et nodales avec force détails. Entrez dans la précision de son trait, approchez-vous-en jusqu’à vous piquer aux épines, jusqu’à pénétrer de l’œil les secrets de ces fentes prêtes à la déhiscence… Mais prudence : des pinces peuvent vous saisir au passage, et une explosion granulaire ne peut jamais être exclue. Et ne vous laissez surtout pas prendre dans l’un de ces nœuds gordiens, ne perdez jamais le fil, car personne ne pourrait venir vous tirer de là.

Laissez-vous aller tout doucement dans la profondeur de ces bleus et de ces verts, qui vous obligent à scruter plus attentivement encore les mystères révélés d’un trait d’encre de Chine. Vous êtes en mer, en plongée, dans la pénombre de la nuit qui s’installe. Vous regardez de tous vos yeux cette luxuriance essaimante.

C’est beau. Et vous voilà englouti.

Jacques Stoll

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